Benjamin Boivin Benjamin Boivin

Comprendre les Saturations sans être saturé!

Bien comprendre l’échange de nutriments de son sol.

Le sol est pour la plante ce qu’est le garde mangé pour l’humain!

Bien comprendre l’échange de nutriments de son sol.

Le sol est pour la plante ce qu’est le garde mangé pour l’humain! Au québec, on demande, minimalement, aux agriculteurs de faire un inventaire de leur garde-mangé au 5 ans. Ceci permet de prendre de meilleurs décisions, ainsi que les ingrédients que nous disposons pour faire une recette (ici la culture) ou encore quoi acheter pour combler ce qui manque. Dans les prochaines lignes, nous décortiquerons comment bien comprendre notre inventaire, plus particulièrement la portion des saturations.

Le sol est un grand complexe qu’on a étudié et sera étudié encore longtemps. Si on prend une analyse de sol nous y trouvons pH, la quantité d’éléments, les saturation et, un souvent négligé, qu’on se doit de bien comprendre avant d’aborder les saturations, la CEC.

Qu’est ce que ça mange en hiver ça? D’abord, il faut savoir que c’est un acronyme anglophone qui signifie Cation Exchange Capacity. Sans entrer dans les détails techniques et scientifiques de la patente, son objectif est de nous indiquer la quantité d’éléments que ton sol est en mesure d’absorber et échanger. Il y a, principalement, 3 éléments qui influencent ce chiffre. Le premier en importance est le type de sol, plus il contiendra d’argile plus ta capacité sera élevée. Ensuite, ton pH, pour augmenter le pH on augmente la teneur en Calcium un élément qui crée une nouvelle attache pour des éléments. Pour terminer, on a la teneur en matière organique. Chaque organismes vivants dans le sol font des déjections qu’on appelle humus ayant la capacité de retenir des éléments.

Maintenant qu’on comprend ce qu’est une CEC, on peut parler de saturation. Les plus fréquentes sont le Calcium, le Potassium et le Magnésium. Ces pourcentages représentent, selon notre CEC, combien celle-ci est comblée par cet élément. Voici quelques lignes directrices que je vises sur ma ferme personnellement.

D’abord, il faut que minimalement que la somme des saturations des 3 éléments soit de 65% et plus. On l’appelle Saturation des Bases souvent disponible sur votre analyse.

Pour ce qui est du calcium, c’est le premier à balancer et ma mesure pour celui-ci est mon pH. Avec de la chaux, on peut facilement pallier à un déficite. Je vises un pH eau avoisinant le 6,5 ainsi je sais que ma saturation en Calcium cible selon mon sol est atteinte.

Ensuite, il nous reste la Potasse et le Magnésium. Un peu plus complexe et coûteux à balancer. En général, je veux une saturation de potassium qui se situe entre 2-4%. Celle-ci peut être augmenter avec différents produits dont je ne ferai pas l’énumération, mais de base on a de la Potasse 0-0-60 ou encore possibilité d’avoir des types de chaulant contenant du potassium.

Et ma saturation en magnésium, un peu plus complexe de son côté, est directement liée à ma saturation de potassium. Je vises un ratio de saturation K/Mg entre 0.28 et 0.36.

Ex ; j’ai une saturation de 2,34% K pour avoir un taux  de 0.35 il faudrait que ma saturation de Mg soit de 6,7% (2,34/6,7=0,35)

En résumer, pour bien maîtriser les saturations, tout part de ta CEC qui est en quelque sorte la grosseur de ton garde-mangé. Par la suite ce n’est qu’une question de balancement! Lorsqu’on tombe dans ces détails, il est très important de ne pas se mettre d'échéance! Chaque sol, chaque budget, chaque type de travaux et chaque culture ont une influence dans la prise de décisions. Il faut plus la voir comme une ligne directrice qu’on veut atteindre sur le long terme! Une année cet objectif peut prendre un pas de recul, mais toujours avoir en tête que l’objectif principale est d’avancer. Dans un prochain Blog, nous aborderons comment augmenter notre CEC ( Garde-mangé)

À retenir de mes objectifs sur mon entreprise ;

-CEC est ton garde-mangé

-Saturation est le % que cet élément représente dans ton garde-mangé

-Viser une saturation des bases +65%

- Balancer la saturation du Calcium en fonction du pH

- Viser une Saturation Potassium (%K) entre 2-4%

- Maintenir un Ratio %K / %Mg entre 0,28 et 0,36.

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Benjamin Boivin Benjamin Boivin

Et si on réinventait la roue?

Dans le maïs avec un rendement bien conservateur de 3,5tm/ac. Je retournes au sol en matière sec l’équivalent de 4tm. Ce qui représente plus que le double que le soya. Si je fais un bilan humique mon maïs devient beaucoup plus intéressant afin de monter une matière organique. Sur 2 ans l’effet est de 15%, mais dans 10 ans à faire plus de maïs, sera-t-il encore le cas.

Depuis mes débuts en agricultures, on martèle sur l’importance des rotations de culture. « Minimum 2, mais le meilleurs c’est une rotation de 3 plantes. » combien de fois, j’entends cette phrase sur le terrain. Laissez-moi être sceptique de l’application d’une telle pratique sur toutes les fermes.

D’abord, je crois que où il y a production animale le point est très valable. Une production de foin, qu’on tourne en maïs ensilage pour faire une autre culture céréalière annuelle. C’est simple efficace et rentable. Une fois mis un dans l’autre le maïs profite de l’effet d’un retour de prairies, ta culture annuelle qui la suit aussi tout en captant les restants d’éléments du maïs pour en plus profiter de la paille comme absorbant. Pour ensuite, retourner celle-ci au champ avec le fumier et implanter ta prairie. Une rotation simple efficace qui profites sur toute la ligne.

Mais lorsqu’on tombe en régie de culture commerciale intensive, je crois qu’un modèle de la sorte doit être repensé. D’abord prenons les chiffres réelles à mettre en évidence. La rotation la plus populaire sur ces fermes est une rotation entre le maïs et le soya. Avec une telle pratique on parle d’une augmentation moyenne de 15% du rendement l’année de maïs. Cependant, la majorité des recherches ont été fait dans des états où la saison de culture est plus longue. Ce qui apporte plusieurs questionnement sur cette pratique.

D’abord, il faut regarder la marge fait par les agriculteurs dans le soya. La moyenne 5 ans sur ma ferme, la marge à l’acre avoisinait les 150$. Alors que dans le maïs ma moyenne avoisine les 240$ de l’acre. Si je remets en perspective avec la rotation j’arrives à une marge 2 ans de 390$ alors que si je ferais maïs sur maïs avec une baisse de 15% de rendement j’arrives à 408$.

Si on pousse notre analyse un peu plus loin. Plusieurs facteurs me fait remettre en question le 15%. Le premier est la quantité de matière retournée au sol. Si j’ai un rendement de 1,3Tm/ac. dans le soya je retournes en matière sèche avec les racines, les feuilles et les tiges l’équivalent de 1,8Tm. Alors que dans le maïs avec un rendement bien conservateur de 3,5tm/ac. Je retournes au sol en matière sec l’équivalent de 4tm. Ce qui représente plus que le double que le soya. Si je fais un bilan humique mon maïs devient beaucoup plus intéressant afin de monter une matière organique. Sur 2 ans l’effet est de 15%, mais dans 10 ans à faire plus de maïs, sera-t-il encore le cas.

De plus, si on ajustait nos pratiques pour une rotation avec plus de maïs obtiendrions nous le même résultat? Un travail de sol qui a une bonne impacte sur les résidus au sol permettant un meilleur réchauffement de celui-ci au printemps. Des technologies qui agissent sur les insectes. Des hybrides plus adaptés pour cette pratique.

En perspective, peut-être devrions nous abolir cette image un peu tabou du maïs sur maïs. On n’a pas les saisons de cultures pour faire les engrais vert où les tests on été réalisés. Et on fait miroiter un avantage très sporadique de rendement sur un horizon 2 ans, mais l’agriculture n’est-il pas un métier où l’on travaille sur de plus longue perspectives? Je ne dit pas de seulement faire du maïs dans les rotations, mais d’arrêter de mettre l’option de côté. Une rotation que je pratiques sur la ferme est 2 années de maïs, une de soya hâtif suivit de blé d’automne où je fais un engrais vert en préparation de mes années de maïs.

Peut-être qu’avec les marges plus élevée dans le maïs les gens seraient plus tentés de faire des engrais vert. Quand on a des moyens plus d’options s’ouvrent à nous.

Bref, c’est un pensez-y bien. Je crois, fermement, qu’il manque d’études sur la question au Québec. Encore plus sur les effets à long terme. Le moyen le plus rapide d’avoir des résidus en abondance est le maïs grain dans notre région. Peut-être un jour aurons-nous des saison plus longue permettant de générer plus de résidus avec d’autres cultures.

David Hula qui détient tous les records dans les rendements de maïs au États-Unis le dit lui même que le secret est dans les résidus et la gestion de ceux-ci. Il ne fait pas de maïs sur maïs, mais l’année précédant il fait une double culture de soya et de blé d’automne où il laisse la paille en plus de faire un engrais vert. Une toute autre réalité que la nôtre!

Se baser sur une méthode qui fonctionne ailleurs pour l’adapter à chez soi? À évaluer!

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Semer tôt VS semer au bon temps

On est à la fin avril. On sait que les conditions optimales au champ ne sont pas atteintes, mais le voisin tourne déjà avec le planteur dans son champ depuis 3 heures, et ça commence à te donner des papillons dans les mains quand tu t’approches du tracteur dans le garage. J’embarque ou j’embarque pas ? Dans les prochaines lignes, on va simuler cette situation, puis l’analyser avec un œil plus objectif, à la lumière de ce que la recherche et les années précédentes nous ont appris.

D’abord, on doit se poser la question : le sol est rendu à quelle température ? On a toujours dit que la température minimale optimale pour planter du maïs est de 10 °C. Par contre, si mon sol est à 8 °C à la fin avril, mais qu’il est grisonné et qu’il fait de la poussière, suis-je vraiment mieux d’attendre d’atteindre mon 10 °C ?

La réalité, c’est que la date de semis a souvent plus d’impact sur le rendement que le critère strict de la température du sol. On estime qu’à chaque journée gagnée au printemps, le gain de rendement peut se situer entre 0,3 et 1 %. Ce qui veut dire qu’un producteur ayant semé le 28 avril, comparativement à son voisin qui a semé le 10 mai, pourrait obtenir un gain allant jusqu’à 13 %, dans un monde idéal.

Et la partie la plus importante du message précédent, c’est justement : « dans un monde idéal ». Souvent — voire presque toujours — ce critère n’est pas atteint, puisqu’on ne vit pas dans un monde parfait. On peut toutefois se poser la question : qu’est-ce qu’un monde idéal ? Voici les critères parfaits qui nous permettraient de rêver à ce gain de rendement.

1 – Avoir un sol sec

Peu importe la date de semis, avoir un sol sec est primordial, mais c’est encore plus vrai en conditions de semis hâtif. Le premier impact d’un sol humide au moment du semis concerne le développement latéral du système racinaire. Lors du passage du planteur, une compaction peut se produire, ce qu’on appelle le lissage. À cause de cette compaction, les racines chercheront la voie la plus facile, soit dans le sens du rang, ce qui retardera le développement de la plante.

De plus, un sol humide a tendance à être plus froid au printemps et à prendre plus de temps à se réchauffer. La raison est simple : l’eau nécessite plus d’énergie pour se réchauffer que l’air. Comme le sol est composé de solides, d’eau et d’air, une augmentation de la proportion d’eau signifie qu’il faudra emmagasiner davantage d’énergie (provenant du soleil) pour gagner 1 °C.

On entend souvent des producteurs dire sur le terrain : « Le coin de ce champ-là est plus frais ». Ce n’est pas faux… mais c’est aussi très souvent un secteur plus humide.

2 – Avoir des températures en hausse

Nous connaissons tous la crédibilité relative des sites météorologiques lorsqu’il est question de conditions à venir. Toutefois, lorsqu’on parle de tendances de température sur une période de deux semaines à un mois, leur marge d’erreur demeure généralement acceptable.

Avant d’envisager un semis hâtif, il est donc essentiel de consulter ces sites et d’évaluer les tendances des prochains jours. Les températures seront-elles en hausse ? Les nuits resteront-elles fraîches ? Y a-t-il des précipitations annoncées lors de périodes plus froides ? Ce sont autant de facteurs à analyser.

Il arrive parfois que les conditions au champ soient optimales, mais que les prévisions météorologiques annulent le gain potentiel, voire le rendent négatif. Dans ce type de situation, la semence est souvent plus rentable dans le sac que dans le sol.

3 – Une date cohérente avec la région et l’hybride sélectionné

Semer du maïs le 15 avril dans le sud de l’Ontario est chose courante ; à Coaticook, beaucoup moins. Il faut donc aussi intégrer la notion de maturité. Les hybrides possèdent des maturités bien définies et sont sélectionnés pour s’adapter à des conditions spécifiques.

Il est important de garder en tête que la saison de croissance varie d’une région à l’autre. Les hybrides adaptés à nos régions atteignent certains stades de développement à des moments précis afin de maximiser leur potentiel agronomique.

Quels sont les avantages des semis hâtifs ?

D’abord, les semis hâtifs permettent de maximiser le nombre d’heures d’ensoleillement reçues par la culture. En profitant des journées les plus longues de l’année, les chances d’emmagasiner davantage d’UTM augmentent, tout en offrant à la plante un cycle plus favorable à la photosynthèse.

Ensuite, on réduit l’impact des périodes de chaleur souvent observées à la fin juillet et au mois d’août. Le stade de la floraison est le plus critique pour le rendement, notamment en raison de ses besoins élevés en eau. En devançant cette phase, les réserves d’eau du sol risquent d’être moins sollicitées qu’en début août — un critère qui s’est avéré particulièrement important lors de la saison 2025.

Finalement, les semis hâtifs prolongent la période de remplissage des grains, ce qui est souvent associé à une récolte plus sèche et à une meilleure qualité du grain.

Conclusion

En conclusion, j’ai demandé à une IA quel rendement de maïs on pourrait s’attendre à obtenir dans trois conditions différentes. Je suis bien conscient que ce n’est pas une approche scientifique, mais les résultats obtenus sont très intéressants.

*Toutes les situations partagent les mêmes critères : même hybride, même région (2400 UTM), mêmes conditions météorologiques durant la saison de croissance et même champ.

Condition 1
Semis réalisé dans des conditions idéales le 15 mai.
Rendement estimé : 4,04 t/ac

Condition 2
Semis réalisé dans des conditions idéales le 28 avril.
Rendement estimé : 4,29 t/ac

Condition 3
Semis réalisé le 28 avril, dans des conditions légèrement plus fraîches et avec un sol un peu plus humide.
Rendement estimé : 3,76 t/ac

Je vous laisse réfléchir à ces données fictives, mais néanmoins très révélatrices.

Pour conclure, je crois que c’est dans la prise de décision que nous pouvons nous distinguer en tant que producteurs. J’espère que ce texte vous aidera dans vos réflexions à ce sujet.

Notez également que ce printemps, au Québec, le traitement de semences insecticide nécessitera une prescription. Quel sera l’impact de cette exigence sur votre choix de date de semis ?

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