Semer tôt VS semer au bon temps

On est à la fin avril. On sait que les conditions optimales au champ ne sont pas atteintes, mais le voisin tourne déjà avec le planteur dans son champ depuis 3 heures, et ça commence à te donner des papillons dans les mains quand tu t’approches du tracteur dans le garage. J’embarque ou j’embarque pas ? Dans les prochaines lignes, on va simuler cette situation, puis l’analyser avec un œil plus objectif, à la lumière de ce que la recherche et les années précédentes nous ont appris.

D’abord, on doit se poser la question : le sol est rendu à quelle température ? On a toujours dit que la température minimale optimale pour planter du maïs est de 10 °C. Par contre, si mon sol est à 8 °C à la fin avril, mais qu’il est grisonné et qu’il fait de la poussière, suis-je vraiment mieux d’attendre d’atteindre mon 10 °C ?

La réalité, c’est que la date de semis a souvent plus d’impact sur le rendement que le critère strict de la température du sol. On estime qu’à chaque journée gagnée au printemps, le gain de rendement peut se situer entre 0,3 et 1 %. Ce qui veut dire qu’un producteur ayant semé le 28 avril, comparativement à son voisin qui a semé le 10 mai, pourrait obtenir un gain allant jusqu’à 13 %, dans un monde idéal.

Et la partie la plus importante du message précédent, c’est justement : « dans un monde idéal ». Souvent — voire presque toujours — ce critère n’est pas atteint, puisqu’on ne vit pas dans un monde parfait. On peut toutefois se poser la question : qu’est-ce qu’un monde idéal ? Voici les critères parfaits qui nous permettraient de rêver à ce gain de rendement.

1 – Avoir un sol sec

Peu importe la date de semis, avoir un sol sec est primordial, mais c’est encore plus vrai en conditions de semis hâtif. Le premier impact d’un sol humide au moment du semis concerne le développement latéral du système racinaire. Lors du passage du planteur, une compaction peut se produire, ce qu’on appelle le lissage. À cause de cette compaction, les racines chercheront la voie la plus facile, soit dans le sens du rang, ce qui retardera le développement de la plante.

De plus, un sol humide a tendance à être plus froid au printemps et à prendre plus de temps à se réchauffer. La raison est simple : l’eau nécessite plus d’énergie pour se réchauffer que l’air. Comme le sol est composé de solides, d’eau et d’air, une augmentation de la proportion d’eau signifie qu’il faudra emmagasiner davantage d’énergie (provenant du soleil) pour gagner 1 °C.

On entend souvent des producteurs dire sur le terrain : « Le coin de ce champ-là est plus frais ». Ce n’est pas faux… mais c’est aussi très souvent un secteur plus humide.

2 – Avoir des températures en hausse

Nous connaissons tous la crédibilité relative des sites météorologiques lorsqu’il est question de conditions à venir. Toutefois, lorsqu’on parle de tendances de température sur une période de deux semaines à un mois, leur marge d’erreur demeure généralement acceptable.

Avant d’envisager un semis hâtif, il est donc essentiel de consulter ces sites et d’évaluer les tendances des prochains jours. Les températures seront-elles en hausse ? Les nuits resteront-elles fraîches ? Y a-t-il des précipitations annoncées lors de périodes plus froides ? Ce sont autant de facteurs à analyser.

Il arrive parfois que les conditions au champ soient optimales, mais que les prévisions météorologiques annulent le gain potentiel, voire le rendent négatif. Dans ce type de situation, la semence est souvent plus rentable dans le sac que dans le sol.

3 – Une date cohérente avec la région et l’hybride sélectionné

Semer du maïs le 15 avril dans le sud de l’Ontario est chose courante ; à Coaticook, beaucoup moins. Il faut donc aussi intégrer la notion de maturité. Les hybrides possèdent des maturités bien définies et sont sélectionnés pour s’adapter à des conditions spécifiques.

Il est important de garder en tête que la saison de croissance varie d’une région à l’autre. Les hybrides adaptés à nos régions atteignent certains stades de développement à des moments précis afin de maximiser leur potentiel agronomique.

Quels sont les avantages des semis hâtifs ?

D’abord, les semis hâtifs permettent de maximiser le nombre d’heures d’ensoleillement reçues par la culture. En profitant des journées les plus longues de l’année, les chances d’emmagasiner davantage d’UTM augmentent, tout en offrant à la plante un cycle plus favorable à la photosynthèse.

Ensuite, on réduit l’impact des périodes de chaleur souvent observées à la fin juillet et au mois d’août. Le stade de la floraison est le plus critique pour le rendement, notamment en raison de ses besoins élevés en eau. En devançant cette phase, les réserves d’eau du sol risquent d’être moins sollicitées qu’en début août — un critère qui s’est avéré particulièrement important lors de la saison 2025.

Finalement, les semis hâtifs prolongent la période de remplissage des grains, ce qui est souvent associé à une récolte plus sèche et à une meilleure qualité du grain.

Conclusion

En conclusion, j’ai demandé à une IA quel rendement de maïs on pourrait s’attendre à obtenir dans trois conditions différentes. Je suis bien conscient que ce n’est pas une approche scientifique, mais les résultats obtenus sont très intéressants.

*Toutes les situations partagent les mêmes critères : même hybride, même région (2400 UTM), mêmes conditions météorologiques durant la saison de croissance et même champ.

Condition 1
Semis réalisé dans des conditions idéales le 15 mai.
Rendement estimé : 4,04 t/ac

Condition 2
Semis réalisé dans des conditions idéales le 28 avril.
Rendement estimé : 4,29 t/ac

Condition 3
Semis réalisé le 28 avril, dans des conditions légèrement plus fraîches et avec un sol un peu plus humide.
Rendement estimé : 3,76 t/ac

Je vous laisse réfléchir à ces données fictives, mais néanmoins très révélatrices.

Pour conclure, je crois que c’est dans la prise de décision que nous pouvons nous distinguer en tant que producteurs. J’espère que ce texte vous aidera dans vos réflexions à ce sujet.

Notez également que ce printemps, au Québec, le traitement de semences insecticide nécessitera une prescription. Quel sera l’impact de cette exigence sur votre choix de date de semis ?

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Et si on réinventait la roue?